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Acte 1 - Scène 3 - Ce texte est déposé à la société des auteurs


Acte 1 - Scène 3



Marie – Ginette – Marcel - Firmin

Scène de ménage. Firmin, l’ami de Marcel entre par la cour pendant la dernière réplique de Marcel. Il est en tenue de pêcheur : une canne à la main et une boîte à matériel de pêche à l’épaule.

Marie

Arrête Marcel sinon je vais le faire !

Marcel

(Hors de lui) Mais y’a vingt ans que j’attends ça ! Mais tu le feras jamais, ce serait trop beau.

Firmin

(Tentant de prendre la parole dans le tumulte) Oh ! Oh ! Oh ! Eh ben dis donc ! Y’a de l’animation chez les Duclou aujourd’hui ! Ça va t’y Marcel ? Je vous dérange pas trop ?

Ginette

C’est juste une petite querelle d’amoureux.

Marcel

C’est ça oui ! (Ils se serrent la main) Un bon conseil Firmin : si tu veux garder la paix, t’emmerdes pas avec une bonne femme et te maries pas.

Firmin

J’en avais pas l’intention.

Ginette

(Riant bêtement de sa boutade) Ou si il veut garder la paix il rentre chez les gendarmes et il devient gardien de la paix !

Elle est la seule à rire.

Marcel

Les gardiens de la paix c’est la police pas les gendarmes !

Ginette

Oh c’est pareil tout ça.

Marcel

(À Firmin) Tu sais, je me demande vraiment si j’aurais pas mieux fait de me casser une patte le jour où j’ai dit oui au curé.

Ginette

(Sur un ton assuré) C’est à la mariée que t’as dit oui Marcel, pas au curé !

Marie

Et vlan Marcel prends toi ça dans les dents !

Marcel

Tais-toi donc toi et balaye, je t’ai assez entendue comme ça pour aujourd’hui !

Marie

C’est ça oui, comptes-dessus !

Firmin

Ben moi je reviens de la pêche mais une fois de plus j’en ai pas ramené la queue d’un. Ça me fout le moral à zéro quand je pense à tout ce que je prenais dans le temps.

Marcel

Attends Firmin ! Pour ton moral j’ai ce qu’il faut : bouges pas, je reviens.

Marcel entre dans la maison.

Firmin

Ça va t’y la Marie ?

Marie

(Agressive et ironique) Je respire le bonheur ça se voit pas ?

Firmin

(Moyennement convaincu) Ah si, si, si… 

Firmin se rapproche du banc où est assise Ginette.

Firmin

(Mielleux) Et toi alors ? Bonjour ma petite Ginette. Ça va bien ma petite Ginette ? 

Ginette gênée regarde Marie. Alors qu’il était sur le point de lui caresser l’épaule.

Marie

(Agressive) Tu la touches pas !

Gêné, il se ravise.

Firmin

On tricote ? 

Marie

(Agressive) Mais non tu vois pas qu’elle fait des pâtés de sable ?

Ginette

(Riant niaisement) Elle dit ça pour rigoler Firmin. Je fais pas des pâtés de sable : j’ai tricoté un bonnet et maintenant je tricote un pull assorti. Tu veux voir ?

Firmin

Ma foi… oui.

Elle se lève et déplie un immense pull. Il est horrible dans les motifs et le choix des couleurs et une manche se déroule touchant presque le sol.

Ginette

Il est beau hein ? C’est un pull en jacquard, pour mon petit neveu Christian.

Firmin siffle de surprise



Firmin

Eh ben dis-donc ! Ils ont le bras long dans la famille !

Ginette

Mais non Firmin, c’est la mode, ça se porte comme ça maintenant : ample ! Et pis j’avais pas les dimensions. (Plaquant le pull contre Firmin) Mais regarde tu vois ça devrait aller je pense.

Entrée de Marcel portant une bouteille et deux verres : il remplit les verres.

Firmin

(Moyennement convaincu) P’t’être bien. Il est… il est joli en tous cas.

Ginette

Merci. J’aime bien les motifs surtout.

Firmin

Oui. C’est vrai qu’ils sont jolis les motifs. Et la couleur aussi.

Marcel

Viens voir par là la couleur de ma petite prune Firmin, tu m’en diras des nouvelles.

Firmin

Ah oui, la fameuse petite prune !

Marie

Et vas-y donc ! On picole !

Marcel

(Comme s’il ne l’entendait pas, tendant un verre à Firmin)

Tiens mon p’tit Firmin, à la tienne.

Marie

(Penchée sur ses bacs à fleurs) Une prune à quatre heures de l’après-midi maintenant, ah on aura tout vu !

Ils trinquent et boivent, assis autour de la table.

Firmin

Humm… c’est vrai qu’elle est fameuse.

Marcel

Tu vois, quand je dis que c’est du bon tu peux me faire confiance. (Un temps, il boit) Dis donc au fait Firmin, tu le connais toi le Gaston Bobinet ?

Firmin

Gaston Bobinet ? Un peu que je le connais ! Pourquoi donc ?

Marcel

Il a cassé sa pipe.

Firmin

(S’étouffant en buvant) Oh non c’est pas vrai ! Il est mort ?

Marcel

Oui, c’est la mère Dupontel qui m’a dit ça.

Firmin

(Visiblement affecté) C’est pas vrai !

Marcel

(Surpris par sa réaction) Tu le connaissais bien ?

Firmin

Oui…enfin… on avait des petites affaires ensemble quoi. (Un temps puis revanchard) Oh le saligo ! Oh le salaud ! Il me devait douze bouteilles de pineau des Charentes ! Payées d’avance en plus ! Comment je vais faire pour les récupérer moi maintenant ces bouteilles ?

Marcel

Là j’ai bien peur que ce soit compromis....

Ginette

(Indignée) Firmin, la vie d’un mouton du Seigneur c’est quand même plus important qu’une bouteille de pineau non ?

Firmin

Douze !

Ginette

Douze moutons ? Raison de plus !

Firmin

Non, douze bouteilles.

Ginette

(Excédée) Oh douze bouteilles ou un mouton c’est pareil !

Firmin

Ah non c’est pas pareil Ginette, parce que ce pineau là c’était pas de la camelote à quatre sous, c’était du fameux ! On raconte même que c’est du pineau du père Bobinet qu’il met dans sa coupe à la place du vin de messe le curé.

Pendant ce temps, Marcel feuillette le journal posé sur la table.

Ginette

(Elle se lève indignée) Mais tu vas te taire oui ! (Elle se signe) Mon Dieu miséricordieux, pardonnez-le, il sait pas ce qu’il dit. (Elle se signe à nouveau)

Firmin

Mais si ! Je sais très bien ce que je dis !

Ginette

Arrête Firmin, ne blasphème pas !

Marcel

(À voix basse) Laisse tomber Firmin, t’as aucune chance.



Ginette

Il a raison : t’as aucune chance de salut si tu blasphèmes.

Marcel

Tiens, écoutez plutôt ce que je lis dans le journal: « Recherche caissière qualifiée, solide ref. - Casino, place de Clichy – Paris ». C’est tout ce qu’il faudrait pour Simone ça, elle qui a toujours rêvé de monter à la capitale.

Marie

Tu parles toi, monter à la capitale ! Certainement pas pour rester le cul planté sur une chaise toute la journée derrière une caisse.

Marcel

Ben pourquoi pas ? Elle l’a déjà fait au Mamouth non ? Elle les a ses solides ref. ! Pis elle qui cherche du travail en ce moment, c’est pas si loin que ça Paris après tout.

Ginette

Mais c’est pas caissière dans un supermarché qu’elle veut faire à Paris Simone : elle veut devenir une vedette. Elle rêve que de spectacle, de chanter, de danser tout ça…

Marie

Oh arrête, elle nous bassine déjà assez avec ça.

Marcel

(À Ginette) Parce que chanter tu crois que c’est un boulot toi Ginette ? Et pourquoi qu’elle travaillerait pas avec nous au cul des vaches ? Avec les bouseux comme elle dit ! À l’entendre on dirait que c’est une honte d’être agriculteur.

Marie

Mais elle veut pas en entendre parler tu le sais bien ! Pis quand elle les voit les autres là… à se trémousser les fesses à la télé et à signer des autographes à tour de bras, tu peux pas lui enlever ça de la tête qu’est-ce que tu veux.

Firmin

Et pourquoi qu’elle commencerait pas par monter à Paris, pis après elle verrait sur place ?

Marcel

(Tranchant) Commence d’abord par faire des gamins toi Firmin, et pour les conseils on verra après.

Firmin

(Gêné) Je disais ça comme ça moi....

Ginette

(Elle regarde sa montre et sursaute) Oulala la messe, vous pouviez pas me le dire ? Il est moins vingt, il faut que j’y aille si je veux pas rater l’office de cinq heures. Je laisse mon sac à tricot ici Marie, je viendrai le rechercher tout à l’heure. (Elle dépose son sac à tricot au bout du banc) Allez à plus tard, je file.

Firmin

(Amoureux, avec un signe de la main) À tout à l’heure ma petite Ginette. Et bonne messe !

Ginette sort en courant.

Marie

(Toujours dans ses fleurs) En tout cas pour Simone on a du soucis à se faire parce que c’est pas demain la veille qu’on lui enlèvera toutes ces idées de la tête croyez-moi. En plus avec tous ces magazines de jeunes qu’elle lit à longueur de journée et ces émissions de télé à la noix.

Marcel

T’inquiète, ça lui passera avec l’âge. Il serait peut être temps qu’elle prenne un peu de plomb dans la cervelle celle là aussi.

Marie

Qu’est-ce que ça veut dire celle là aussi ?

Marcel

Ça veut dire que… la pomme ne tombe jamais loin du pommier si tu vois ce que je veux dire.

Marie hausse les épaules de dépit. Le téléphone sonne.

Marie

Oh ce téléphone, faut toujours qu’il sonne quand j’ai les mains dans la terre. Vas répondre Marcel.

Marcel

(Buvant) Tu vois pas que je suis occupé non ?

Marie

Occupé à picoler ! Olala, c’est pas Dieu possible un bonhomme pareil ! (La sonnerie persiste) Oui ça va, j’arrive.

Elle se résigne à aller décrocher, ramassant son seau de légumes au passage. Elle entre dans la maison.

Marcel

Je t’en remets une petite lichette Firmin ?

Firmin

(Tendant son verre) Non ça va, sans façon.

Il ressert Firmin.

Firmin

Encore un peu. Voilà merci. C’est vrai qu’elle est fameuse ta petite prune. Elle fait combien ? (Il regarde l’étiquette et siffle de surprise) Ah quand même : soixante dix volts !

Marie passe la tête par la fenêtre.

Marie

(Chuchotant) Marcel, c’est le bonhomme de la coopérative qui veut te parler.

Marcel

Ah oui c’est vrai, dis-lui que j’arrive. Tu te ressers si tu veux Firmin, je reviens.

Firmin

Non sans façon.

Marcel rentre dans la maison, emportant son journal. Firmin reste seul et se ressert. Il déguste sa prune un instant puis va vers le banc et, s’assurant que personne ne le voit, sort le pull de Ginette resté dans le sac à tricot. Il le détaille, le hume et le plaque contre lui, amoureusement.

Acte 1 - Scène 4



Simone – Firmin – Marcel - Ginette

On entend le bruit d’une mobylette qui s’approche et s’arrête. Firmin replie rapidement le pull, le remet dans le sac et retourne s’asseoir à la table, l’air de rien. Simone fait son entrée visiblement très énervée. Elle est habillée en Lolita provocante, outrageusement maquillée, et porte un petit sac à dos.

Firmin

Tiens bonjour la Simone.

Simone

Je t’ai déjà dit cent fois de pas m’appeler « La » Simone. C’est d’un bouseux ! Et qu’est-ce que tu fous tout seul dans ma cours toi ? Mes parents sont pas là ?

Firmin

Ils sont au téléphone. Pis je suis pas tout seul d’abord… j’ai la petite prune de ton père qui me tient compagnie.

Simone

Ah ouais trop cool, j’ai bien besoin de ça moi aujourd’hui.

Elle boit le fond du verre de son père.

Firmin

Heureusement que ton père te voit pas, il ferait joli.

Simone

(Avec une grimace) Wao ! Elle arrache grave ! Dis Firmin, t’as entendu ? Tu trouves pas qu’il fait un bruit bizarre mon scooter ?

Firmin

Parce que c’était ton scooter ? C’était pas une moissonneuse ?

Simone

(Se forçant à rire) Ah, ah, ah. T’as fait l’école du rire toi. Pis s’il y avait que le scooter encore, mais tout va de travers aujourd’hui ! J’en ai marre, j’en ai marre, mais j’en ai marre ! (Elle balance son sac sur le banc et s’assoit en se laissant tomber lourdement sur le sac de tricot de Ginette) Aîeee ! (Elle sursaute et retire une aiguille du sac. Elle exhibe l’aiguille qui est complètement déformée, en forme d’éclair)

Firmin

(Voyant l’aiguille) Ah elle va être contente la Ginette !

Simone

Qu’est-ce que ça fout là ça aussi ? (Elle balance le sac à tricot à l’autre extrémité du banc : hors d’elle) Si tu savais Firmin comme ça me prend la tête de vivre dans ce patelin pourri où on tourne en rond. J’en peux plus de vivre ici moi ! C’est pas une vie : moi faut que je sorte, faut que je bouge, que je voie des gens, que j’aie des projets...

Firmin

Ben alors pourquoi t’as quitté la troupe des majorettes ? T’en voyais du monde là bas.

Simone

C’est ça, fous toi de moi toi.

Firmin

Mais non Simone. J’aimais bien vous voir défiler avec la fanfare et agiter vos petites gambettes. Et je trouve que tu te débrouillais drôlement bien avec ton bâton tu sais.

Simone

Arrête, c’est d’un ringard les majorettes ! Pour faire plaisir à ma mère j’en ai soupé cinq ans, ça suffit comme ça, merci j’ai donné ! Et au cas où tu le saurais pas, dans six mois j’ai dix huit ans !

Il siffle d’admiration.

Simone

(Satisfaite) Eh oui Monsieur ! Dix huit ans… je suis une femme moi maintenant.

Firmin

Et dire que je t’ai connue pas plus grande que ça.

Simone

(Elle vient s’asseoir à côté de lui, puis, sur le ton de la confidence) Tu sais ce que j’aimerais moi Firmin ? Mais tu le dis pas à papa hein… ce que j’aimerais c’est me barrer d’ici, aller à Paris, devenir chanteuse et avoir du blé… beaucoup de blé.

Firmin

Eh ben plains toi, avec la récolte qu’on a eu cette année !

Simone

(Agressive) Mais pas celui là de blé : t’es bouché ou quoi ? De la tune, du fric, des pépètes ! Et avoir des fringues super classe et qu’on me paye même pour les porter.

Firmin

Ben tiens justement, on parlait de Paris tout à l’heure avec ton père. Figure toi qu’il a trouvé une annonce pour toi dans le journal qui disait qu’ils recherchaient quelqu’un pour travailler au Casino de Paris.

Simone

Le casino de Paris ? Le vieux Casino de Paris ?

Firmin

Ça, je sais pas s‘il est vieux.

Simone

Et quoi ? (Un temps, incrédule) Mon père serait d’accord pour que je tente ma chance à Paris ?

Firmin

Ben oui il avait l’air d’accord, il a même dit que t’avais des solides ref.

Simone

Je le crois pas ça ! Et il serait okay pour que je tente une audition ?

Firmin

Mais oui je te dis ! Même qu’il a dit qu’après tout, Paris c’était pas si loin.

Marcel passe la tête par la fenêtre et les interrompt en chuchotant.

Marcel

Firmin !

Simone

(Enthousiaste)

Papa, c’est vrai tu serais d’accord ?

Marcel

D’accord pour quoi ?

Simone

La petite annonce pour le Casino de Paris ?

Marcel

Ben oui si tu veux tu cherches du boulot non ?

Elle l’embrasse par la fenêtre.

Simone

Oh mon petit papa chéri, je t’adore, t’es trop cool.

Marcel

(Toujours à voix basse) Laisse-moi j’ai pas le temps ! (À Firmin) Tu veux bien venir cinq minutes, je suis au téléphone avec le gars de la coopérative et j’ai comme l’impression qu’il est en train d’essayer de m’entuber.

Firmin

J’arrive.

Simone

(Enthousiaste)

T’es vraiment trop cool tu sais mon p’tit papa d’Amour !

Marcel

Oui. C’est ce que je me dis tous les jours d’ailleurs : je suis trop cool.

Firmin entre dans la maison, Marcel disparaît. Simone restée seule dehors, se ressert un petit coup de prune dans le verre de son père, puis reboit une gorgée directement à la bouteille.

Simone

Le Casino de Paris ! Quand je vais dire ça aux copines elles vont être vertes.

Guillerette, elle sort une bombe de déodorant de son sac, se parfume les aisselles et sous la jupe. Elle sort aussi un magazine de son sac et consulte son horoscope.

Simone

J’en étais sûre ! Scorpion : une nouvelle inattendue pourra bouleverser le cours de votre vie : sachez saisir l’opportunité. Tu parles que je vais la saisir l’opportunité ! Et plutôt deux fois qu’une !

Ginette arrive complètement affolée.

Nota

 : Ginette a enfilé sa tenue de messe. Ne pas hésiter à créer un costume très drôle et ringard, avec petit chapeau si possible et sac à main « classe ».

Ginette

Il est où ton père Simone ? Il est où, j’ai besoin de lui d’urgence, je suis à la bourre.

Simone

Mais qu’est-ce que t’as à être speedée comme ça Ginette ? T’as fumé ou quoi ?

Simone dépose son magazine sur le banc.

Ginette

Je vois pas le rapport. De toutes façons j’ai jamais fumé de ma vie. (Désignant son visage) T’as vu ma peau ? Bon !

Simone

Je confirme : t’as fumé. C’était de la bonne au moins ?

Ginette

Simone, il faut que ton père vienne m’aider à démarrer ma quatre chevaux, elle est encore noyée.

Simone

(Mollement pour énerver Ginette, en chantonnant) Il est au téléphone pour l’instant… mais il va pas tarder… Et puis d’abord cool Ginette… Be cool.

Ginette

(Regardant sa montre, pressée) Non pas becoul ! Je vais jamais y être pour cinq heures si ça continue, et si j’arrive en retard je sais ce qu’il va se passer : avec la porte de l’église qui grince comme une porte de prison, tout le monde va se retourner et je vais me faire remarquer.

Simone

Tu me diras rien qu’avec tes fringues déjà…

Ginette

Quoi ? Qu’est-ce qu’elles ont mes fringues ?

Simone

Non rien elles sont… elles sont top classe ! Mais faut pas criser Ginette, be cool j’te dis. Souris à la vie et elle te sourira. (Un temps) Eh ben vas-y, souris lui ! (Un temps, Ginette fait un sourire forcé) Voilà ! C’est pas mieux comme ça ? Elle est pas belle la vie ?

Ginette

(Timidement) Si…

Simone

Et au fait : tu connais pas la dernière ?

Ginette

Non c’est qui ?

Simone

La dernière nouvelle Ginette ! Mon père a trouvé une annonce dans le journal pour une place au Casino de Paris et il serait d’accord pour que je tente ma chance.

Ginette

Ah oui je suis au courant, j’étais là quand il a trouvée cette annonce.

Simone

Mais tu te rends compte ? Le Casino de Paris ! Bon c’est vrai ça sonne un peu vieillot aujourd’hui, mais c’est un endroit qui a une âme au moins, tout une histoire ! Les plus grands noms y sont passés !

Ginette

Les plus grandes marques tu veux dire ?

Simone

Si tu veux oui. Et je te raconte même pas les super budgets qu’ils doivent avoir là bas : les décors, la technique, les costumes ! (Prenant le chapeau de Ginette pour faire la vamp) Je suis sûre que les filles ont des super costumes !

Ginette

Ah oui, je les aime bien leurs nouveaux costumes d’ailleurs. C’est des blouses à manches ballon avec des petits carreaux roses et blanc : un genre de petit vichy quoi.

Simone

(Agressive) Des blouses ? Ça s’appelle des tenues de scène pas des blouses ! Pis d’abord je vois pas comment tu les connaîtrais leurs costumes.

Ginette

Ben parce que je les ai vus tiens ! (Vexée, reprenant son chapeau) Pis rends-moi mon chapeau ! J’y suis allée pas plus tard que mardi dernier au Casino… avec Josiane ma belle-soeur.

Simone

Mais oui c’est ça Ginette, je te crois. (Un temps) Moi dans tout ça y’a quand même un truc qui me fait flipper c’est les micros casque : il paraît qu’il faut une super technique vocale. Je sais pas si ma voix passera….

Ginette

Mais bien sûr que ta voix passera  Simone, y’a pas de raison ! Et pis de toutes façons c’est facile ! C’est comme il dit Christophe Chavane  à la télé : faut parler comme dans un esquimau.

Simone

(Excédée) De !

Ginette

Deux esquimaux ?

Simone

Non De Chavane.

Ginette

Oh tu sais, moi et les chiffres hein…

Sur son nuage, Simone chantonne et danse, n’écoutant pas la fin de la réplique de Ginette.

Ginette

En tous cas, je trouve que tu te fais tout une histoire pour pas grand chose : entre nous tu sais, le micro du Mamouth ou le micro du Casino !

Simone

Et pis le grand escalier ! Il paraît que c’est ça aussi qu’est hyper difficile : descendre le grand escalier.

Ginette

Mais pour ça c’est pareil, t’inquiète ! Dans ces grands trucs y’a toujours des escaladeurs électroniques. Surtout à Paris !

Simone

Mais qu’est-ce que tu me chantes avec tes escalators ? T’es complètement à côté de la plaque toi aujourd’hui. (Un temps) Tu sais Ginette… des fois… (S’approchant d’elle en retenant ses rires puis lui tapotant la tempe du bout du doigt) … je me demande si y’a la lumière dans toutes les pièces là dedans.

Voyant rire Simone, Ginette rit bêtement, n’ayant pas compris l’allusion.

Simone

(Enthousiaste) Et puis les gens vont m’admirer en dégustant leur foie gras, leur champagne et tout et tout.

Ginette

Ah parce qu’en plus y’a une cafétéria ! Mais c’est un géant Casino alors !

Simone

Ah oui Ginette, ça tu l’as dit, ça va être géant ! Je m’y vois déjà.

Ginette

(Regardant sa montre) Ben moi, c’est à l’église que j’aimerais bien me voir à l’heure qu’il est. Regarde il est presque cinq heures !

Marcel et Firmin sortent de la maison en pleine conversation.

Firmin

C’est toujours comme ça avec la coopérative, si tu gueules pas tu te fais avoir.

Simone accourt et saute au cou de son père tandis que Ginette le tire par un bras : leur réplique se superposent.

Ginette

Marcel, faut que tu viennes avec moi j’ai besoin de toi.

Simone

Oh mon petit papa d’Amour t’es super cool ! Je t’adore.

Marcel

Mais vous allez me lâcher toutes les deux oui ?

Ginette

Marcel, il faut que tu viennes dare-dare me redémarrer ma quatre chevaux : elle est encore noyée.

Marcel

T’as plongé dans le lac ?

Ginette

Mais non c’est le moteur qu’est noyé. Ma quatre chevaux elle, elle est là bas, derrière le hangar, faut que tu viennes tout de suite.

Marcel

Ah bon ? Et comme ça, sur le champ ?

Ginette

Mais non pas sur le champ, derrière le hangar je te dis. Allez viens s’il te plaît, sinon je vais être en retard à la messe

Marcel

Mais tu pourrais pas la changer aussi cette bagnole ?

Ginette

Oui je sais bien, je vais le faire…

Elle le tire par le bras et l’entraîne hors de scène.

Marcel

Je te préviens Ginette, c’est la dernière fois.

Ginette

(En sortant) La dernière fois, promis Marcel, la dernière...

Sortie de Ginette et Marcel.
2010-07-19 18:44 Читать похожую статью
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